Peintures

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L’artiste peintre

Comme déjà évoqué dans la biographie, en 1961, Maria Krull s’installe dans la ville de Ladispoli. C’est ici, une nuit, à l’âge de 52 ans, qu’elle se réveille soudainement animée par une impulsion irrépressible et commence à peindre.

Le paysage qui entoure Ladispoli compte parmi les plus remarquables et les plus riches culturellement de toute l’Italie. Il s’agit du cœur de l’ancienne Étrurie, une région imprégnée d’histoire et de mythes, à proximité de Cerveteri, l’ancienne cité de Caere, l’un des sites les plus extraordinaires de son genre.

Les villes étrusques furent fondées selon des principes religieux sacrés et dotées d’une essence spirituelle. Autour de Caere, et en particulier près de Ladispoli, l’ensemble du paysage semble imprégné de ces qualités « sacrées ». Il en va de même, pour l’artiste, des habitants, descendants de cette civilisation antique.

Dès l’enfance, elle fut fascinée par le visage humain et par l’individualité unique qui s’exprime dans chaque tête. À travers son dialogue avec les habitants de cette région ancestrale, Maria Krull percevait l’héritage vivant des descendants étrusques, une présence qui inspira et anima son œuvre. Parmi ses peintures, certaines portent le titre « Tête sacrée ». Ces têtes reflètent le monde qu’elles ont autrefois connu, et Maria Krull était profondément touchée par « l’aura de sa magie ». Pour elle, toute trace de laideur disparaît lorsque quelque chose d’authentique émane d’une personne ou d’un paysage ; c’est là, disait-elle, l’expression noble de l’esprit.

Si les visiteurs de Ladispoli se rendent jusqu’à la nécropole étrusque, l’expérience sera remarquable. Après s’être imprégnés du mystère du paysage environnant et être entrés dans l’obscurité d’un tumulus, les impressions du voyage commencent à résonner en eux.

Cet écho est fait de couleur, profonde, vibrante et émotionnelle. On emporte avec soi l’essence du paysage dans la tombe. Maria Krull a saisi ces impressions et les a transformées en couleur. Pour elle, la couleur est à l’expression ce que le visage est à l’émotion, de la même manière que celle-ci se façonne en sculpture à travers la matière : dans ses peintures, elle est transmise par la couleur.

Pour Maria Krull, les « traits sacrés » du paysage étrusque se sont fondus avec son imagination visionnaire. « J’ai commencé à peindre pour saisir l’inspiration », disait-elle, et elle a justement intitulé une série d’œuvres « Impressions sacrées ». Il existe un lien évident entre son processus artistique et un état méditatif : une attente de l’inspiration, un moment créatif qui exige une liberté totale face à l’influence d’autres artistes.

Dans « Joie et tristesse », par exemple, les figures dansantes et les torses apparaissent de manière naturelle. La représentation de femmes dansantes évoque les fresques étrusques.

Des peintures telles que « En Hollande » témoignent de la maîtrise de Maria Krull en matière de proportion et d’harmonie, des qualités qu’elle juge essentielles, affirmant : « Sans les justes proportions, il ne peut y avoir d’ordre. »

L’impact de ses peintures provient avant tout de leur qualité expressive singulière. Des indices de formes se superposent à des plages de couleur floues, de sorte que figures et visages émergent des teintes comme s’ils n’apparaissaient que pour un instant fugace. C’est précisément cette idée d’apparition et de disparition transitoires qui rend les images fascinantes : un état suspendu entre ce qui n’est plus informe et ce qui n’est pas encore pleinement formé.

Les peintures de Maria Krull rappellent celles de peintres célèbres tant par le style que par l’atmosphère et les thématiques abordées. Son œuvre s’inscrit dans une filiation qui conjugue le mysticisme religieux de Georges Rouault et d’Emil Nolde, la profondeur psychologique d’Edvard Munch et d’Oskar Kokoschka, ainsi que l’énergie expressionniste de Chaim Soutine et des expressionnistes allemands.

Tout au long des années 1960, Maria Krull participa à de nombreuses expositions, principalement à Rome. Elle eut deux expositions personnelles et reçut de nombreuses récompenses.

Elle peignait principalement à l’huile. Une évolution et différentes périodes sont clairement identifiables et visibles, tout en laissant apparaître des thèmes récurrents. Ses peintures sont réparties en sept groupes :

1 ABSTRAIT (19 peintures), 2 VISAGES, TÊTES, FIGURES (30 peintures), 3 GÉOMÉTRIQUE (39 peintures), 4 MAISONS, PAYSAGES, VILLES (26 peintures), 5 THÈMES BIBLIQUES, JÉSUS (10 peintures), 6 PORTRAITS (13 peintures), 7 FEMMES, NUS FÉMININS (18 peintures)

 

Peintures par thème

ABSTRAIT       (19 peintures)

Ces peintures s’orientent vers l’expressionnisme abstrait. La superposition des pigments et le mélange des couleurs suggèrent une exploration de l’émotion et de l’atmosphère. Les tonalités dominantes sont des rouges profonds, des verts, des bleus et des noirs/gris terreux, avec parfois des éclats de jaune en touches lumineuses. Les contrastes entre des tons sombres et atténués et de soudaines zones lumineuses créent un sentiment de tension et de mystère. Les peintures dégagent une qualité presque onirique ou introspective.

 

VISAGES, TÊTES, FIGURES   (34 peintures)

Beaucoup de peintures se concentrent sur des visages déformés aux yeux grands ouverts, aux expressions creuses et aux qualités semblables à des masques. Les arrière-plans sont souvent sombres, texturés et superposés, renforçant un sentiment de mystère, de profondeur et de tension psychologique. Ces peintures peuvent être interprétées comme une exploration de la frontière floue entre le corps et l’esprit.

 

GÉOMÉTRIQUE (39 peintures)

De style abstrait géométrique : chaque peinture utilise de manière marquée des formes géométriques (triangles, cercles, lignes qui se croisent, grilles et formes polygonales). L’artiste semble explorer l’abstraction à travers la structure et la forme.
L’objectif probable de ces œuvres est de concilier la géométrie avec l’émotion, en combinant la précision rigide des formes géométriques avec le potentiel expressif de la couleur et du travail au pinceau.

 

MAISONS, PAYSAGES (26 peintures)

Les paysages sont principalement italiens et d’Europe du Nord. Ces œuvres s’orientent vers l’expressionnisme avec des touches de qualités abstraites et surréalistes. L’artiste semble moins préoccupé par le réalisme que par l’ambiance, la mémoire et l’atmosphère. Les coups de pinceau visibles, les superpositions et les contours flous suggèrent une intention de capturer des impressions fugitives plutôt que des détails concrets. La nature (arbres, ciels) et les structures créées par l’homme sont juxtaposées, souvent en fusion les unes avec les autres. L’atmosphère varie de nostalgique et onirique à inquiétante et sombre.

 

JESUS et THÈMES BIBLIQUES (10 peintures)

Ces œuvres apparaissent expressionnistes, avec de fortes nuances émotionnelles. L’utilisation marquée de tons atténués, sombres et terreux (rouges, verts, bruns et bleus) transmet souvent la souffrance, la spiritualité ou la lutte existentielle. Les figures sont simplifiées, allongées ou abstraites, mais restent reconnaissables. Le travail au pinceau est gestuel et libre, évoquant l’atmosphère plutôt que le détail. Adam et Ève, ou des couples symboliques masculin-féminin, sont représentés en couleurs contrastées (rouge contre vert, clair contre sombre). On trouve des regroupements de têtes et de corps, avec des visages frappants semblables à des masques, traduisant la souffrance collective, l’anonymat ou l’humanité partagée.

 

PORTRAITS (13 peintures)

Ces œuvres sont dominées par des visages humains, déformés ou simplifiés, avec des yeux, des lèvres ou des contours exagérés. Ils ne sont pas naturalistes, mais plutôt des « masques » émotionnels. Des couleurs atténuées mais frappantes — rouges, bleus, verts et violets — sont superposées et texturées, donnant aux œuvres une intensité brute, presque inachevée. L’usage du bleu est particulièrement marqué, apportant une tonalité froide et mélancolique. Les coups de pinceau rugueux et gestuels suggèrent un tumulte intérieur ou une émotion cachée plutôt qu’une ressemblance physique. Il ne s’agit pas seulement de représentations de personnes, mais d’états émotionnels. Les visages paraissent hantés, mélancoliques ou réfléchis, évoquant la solitude, la peur ou la contemplation. Certains portraits rappellent des saints ou des icônes, presque comme des réinterprétations modernes d’images religieuses. Les visages semblables à des masques révèlent également un intérêt pour les expressions essentielles et primordiales de l’humanité. Ces peintures représentent probablement l’exploration par l’artiste de la condition humaine : anxiété, aliénation, mortalité et spiritualité.

 

FEMMES & NUS FÉMININS (18 peintures)

L’accent semble être mis sur la forme humaine et l’émotion. Les nus féminins ne sont pas représentés dans un sens classique et idéalisé, mais de manière brute, introspective et parfois saisissante.

Beaucoup de figures paraissent contemplatives, mélancoliques ou isolées. Elles suggèrent des thèmes de solitude, d’intimité et de vulnérabilité. Les femmes sont montrées dans des poses qui traduisent à la fois force et fragilité. Cela pourrait indiquer une exploration de l’identité, de la sexualité et de l’existence. Plusieurs œuvres ont une qualité surréaliste, presque éthérée, où les figures se fondent dans l’environnement. L’usage marqué de rouges, verts et bleus renforce la résonance émotionnelle : le rouge évoque passion, tension ou même douleur ; le vert et le bleu créent un effet fantomatique et introspectif. Plutôt que de représenter une ressemblance extérieure, l’artiste semble vouloir capturer des états internes — rêves, anxiétés, solitude ou intimité. Il se dégage de ces figures un fort questionnement existentiel, comme si elles étaient prises entre présence et absence, matériel et spirituel.